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ENVOI. P. 205-206.

« 2014 » rend hommage aux innombrables anonymes autruicidés par un facisme (sic) pervers, victimes de l'insaisissable saleté qui couve sous les orfrois d'une culture du mensonge, élégamment illusoire et superficiellement policée. Une saleté que nous refusons de nommer, que nous refusons de voir, parce que la voir, c'est accepter d'y croire. Or, y croire reviendrait à s'obliger à la combattre. Et la combattre mettrait en péril notre douillet petit confort. Alors, on détourne pudiquement les yeux, on se tait, on n'y croit pas, on collabore. Après tout, quelques morts de plus, quelques morts de moins, ça ne compte pas, surtout s'ils sont invisibles. Et puis on peut toujours aller se décrotter la conscience à la messe, après tout, c'est son rôle. 

L'homme a toujours consacré ses cités avec le sang répandu d'innocentes hosties. En planquant cela sous le tapis symbolique, nos démocraties jésuitiques n'abusent qu'elles mêmes : qu'elle présente un visage barbare ou qu'elle porte le chienlit de la civilisation, la « bête » reste la même. 

La civilisation n'est rien de plus qu'une barbarie raffinée. 

Les barbares usent de la kalachnikov, les civilisés de la contrainte mentale, c'est plus propre, plus lâche (on ne s'expose pas), ça ne se voit pas et surtout, c'est légal. Mais, à la sortie, ce sont toujours les mêmes, les innocents, qui font les frais de la bestialité aveugle des uns et des autres. À eux la souffrance et le désespoir, l'amertume des jours sans pain et l'exclusion, la mort sociale et les larmes de rage. 

Malheur aux faibles. 

 

In fine, « 2014 » distingue deux figures dominantes de monstres :

a) les méchants, qui ne sont pas comme nous, et qui laissent traîner leurs saletés : les barbares ;

b) les gentils qui nous ressemblent, et dont les ordures propres sont bien planquées : les civilisés.

Comme on le voit, « mal » et « bien » sont des catégories rhétoriques élastiques qui ne permettent pas d'appréhender les relations humaines. La morale, qui codifie le bien des dominants (le nôtre) n'est, au final, qu'un mal aseptisé.

Ce qui rejoint l'observation, déjà citée, de Christophe Dejours :  

« En substance, le régime nazi réussit comme tous les régimes totalitaires à faire passer, aux yeux d'une partie de la population, le mal pour le bien ou au moins à le « blanchir ». 

Un parfait résumé de « 2014 ».

 

Je me devais de rendre, avec intérêts, l'amour qu'ils m'ont donné aux adorables facistes (sic) qui jugent dans l'ordre de traiter comme un  légume le faible, l'autre, « celui qui n'est pas tout à fait comme nous ». Une pratique nazoïde, je regrette, mais c'est le mot idoine, ce n'est pas moi qui l'invente, c'est le vingtième siècle qui l'atteste. Qu'ils ne me remercient pas ! Dans ce « 2014 » que je leur adresse, avec toute la tendresse dont est capable la chose qu'ils ont faite de moi, il n'y a pas la moindre hypocrisie. 

Toutefois, il convient de leur accorder qu'ils ont des circonstances atténuantes, croire que l'intelligence consiste à être le plus bête possible, c'est un fardeau bien difficile à porter. 

 

 

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