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« Facisme » (sic) et néo-négationnisme, p. 190-192.

Question de Laure G*, interpelée à ce sujet par une personne indignée d'un usage qu'elle estime déplacé dans ce contexte : « Peut-on ou non employer le terme « négationniste » pour désigner ceux qui nient ou minimisent les abus tutélaires ? »

Re- « En substance, le régime nazi réussit comme tous les régimes totalitaires à faire passer, aux yeux d'une partie de la population, le mal pour le bien ou au moins à le "blanchir" ». (C. Dejours).

Pour réaliser cet objectif, il suffit aux dominants et à leurs zélotes, les collabos de la modernité, de prohiber l'usage des mots qui, la décrivant sans concession, risquent de rendre visible leur turpitude. Dans la foulée, ils liquident les Cassandres qui osent s'en servir malgré tout, généralement en les présentant comme des fous.

Nous avons baptisé putelangue ce langage de la raison ordinaire dont usent les médiocrates, ces bons aryens pour qui l'intelligence consiste à être le plus bête possible, le putelangue étant l'art d'escamoter le réel derrière un discours qui refuse de le nommer…

… ou qui interdit d’employer les mots qui pourraient le faire.

Ce qui débouche sur cette sanie intellectuelle chronique dont souffrent nos gentils démocrates : le déni, attitude typique des « facistes », notion qui sera explicitée plus loin.

Exemple. Mme Sylvie Velghe est morte dans des circonstances immondes. Mais cette fin écœurante ne scandalise pas nos censeurs intégristes du verbe. Ce qui les indigne, c’est que l’on parle de « négationnistes » à propos des gens - comme eux ? - pour qui la mort de Sylvie n'est pas un problème – c'est le mieux qui pouvait lui arriver, n'est-ce pas ? Sylvie n’était pas juive ; Sylvie a été victime d’un système qui, pour être pervers, n’était pas nazi ; conclusion, Sylvie devrait se réjouir d'être morte au bout d'une agonie terrifiante mais dans le respect des règles démocratiques.

Si « Je » n'était pas une chose, elle gerberait.

 

 

Les nazis, ce sont les autres, nous serinent ces gens-là. Et alors ? Les Nazis n'ont pas l'apanage de la monstruosité,  les gentils démocrates pratiquent très bien une admirable bestialité (bien qu'elle ait l'air propre). Sans rien inventer, en se bornant à décrire leurs agissements, « 2014 » l'expose à merveille. Ils honorent le vice et la violence, criminalisent la faiblesse, sèment la souffrance, chosifient les plus vulnérables d'entre eux, ils pratiquent l'autruicide de masse, excluent à tour de bras, mais ils n'y voient rien que de bien et de normal puisque c'est fait dans le respect des lois tordues qu'ils ont bricolées pour pouvoir leur faire dire ce qu'ils veulent, à savoir tout et son contraire. Nazie, stalinienne, démocrate, figure ubuesque, la bêtise quelle qu'elle soit, partout, en tous temps, recourt invariablement aux mêmes embrouilles.

Aux yeux des bons aryens, ce n'est pas que la démocratie féodo-spartiate tue Sylvie, Nathalie, Francis,- et combien  d'autres chaque année ? - qui est mal, puisque elle le fait légalement, pour eux, ce qui est criminel, c'est d'en parler. (Cf. « Retour à Birkenau »).

Peu importe l'idéologie qui l'inspire, la monstruosité reste monstruosité. Et quand il y a crime, voir un banal « déni » dans l'attitude de ceux qui refusent de le voir est équivoque, « négationnisme » étant le juste terme pour désigner l'objet du scandale. Il faut employer les mots qui disent clairement l'horreur des choses quand elle se montre à nous.

Quand on est économiquement fragile – avons-nous dit, n'ayant pas les moyens de faire respecter ses droits, on ne peut rien opposer à la saleté qui nous asphyxie, seuls nous restent les mots qui la montrent.

Or, à en croire les bien-pensants, si nous avons le droit d'être violé.e.s, il nous serait interdit d'en parler. Mieux ! À les entendre, nous devrions même être condamné.e.s quand nous le faisons.

À s'appuyer sur des discours sans substance qui refusent de nommer le réel, on finit par verser dans une indifférence criminelle dont - et c'est le pire - on croit fermement qu'elle est vertueuse.

Pauvres types ! Fidèles à l'esprit de Goebbels, après avoir empêché les victimes de parler de leur calvaire en leur interdisant d'employer les mots qui peuvent le décrire, ils osent contester la réalité de la criminalité tutélaire au motif que n'existe pas ce qui n'est pas nommé. Soyons sérieux ! Serait-elle pratiquée sous couvert de la loi, démocrate ou nazie, l'atteinte à la dignité humaine est un crime,

Sous-hommiser des personnes vulnérables qui nous sont confiées, profitant de ce qu'elles sont incapables de se défendre, ce n'est pas seulement de l'abus, c'est lâche, c'est abject, c'est nazoïde, c'est bestial, c'est hitlerâtre.

 

Désolé pour les puristes à la manque, mais j'en rajoute délibérément à leur intention.

Petite parabole pour leur édification :

Certain jour, Nasreddin constatant que le soleil se lève à l'est, voici qu'un contradicteur lui soutient obstinément qu'il se trompe. Égal à lui-même, Nasreddin lui répond ceci : « Soyons précis, honorable contradicteur, ce n'est pas moi qui me trompe, c'est le soleil qui a tort de se lever à l'est ».

Quand le réel qu'il a sous les yeux ne lui convient pas, le bon aryen standard accuse ceux qui ne font que le rapporter d'être des faussaires, de s'égarer, de tout mélanger, de cultiver le pessimisme, etc. avant de les vouer aux gémonies. Pourtant, ce même individu, lorsqu'il est pris, par l'effet du choc en retour, la main dans le piège de son « négationnisme » simplet, vous jure avec aplomb qu'il ne savait pas, qu'il n'a fait qu'obéir aux ordres, sacrifiant à son devoir, qu'il a agi comme tout le monde. On le voit, les Nazis ne sont pas les seuls à savoir entonner la « Nurembergeoise », c'est un art auquel les démocrates s'adonnent également, et avec excellence.

N'en déplaise aux néo-négationnistes, le vingtième siècle nous l'a démontré : ravaler à l'état de chose des personnes dont le seul crime est d'être faible, dénote une orientation nazoïde (ou stalinienne pour ceux qui préfèrent). Mais à l'instar du soleil qui a tort de se lever à l'est, peut-être le vingtième siècle s'est-il trompé en nous montrant des choses qui n'auraient pas dû se passer. Auquel cas, les négationnistes sont dans le vrai : le régime des tutelles c'est « Le meilleur des mondes », les esclaves et les femmes n'ont pas d'âme, le viol est un délire d'hystérique, la colonisation était un bienfait pour les populations qui l'ont subie, il n'y a jamais eu de torture en Algérie ni de programme d'extermination nazi des Juifs, la terre est au centre de l'univers, (d'ailleurs, elle est plate), le petit papa Noël démocratique existe, Sylvie Velghe est morte accidentellement, la France est le pays des droits de l'Homme, ainsi de suite. Et, surtout - je dirais même plus, surtout - les négationnistes sont une chimère, il n'y en a jamais eu.

Démocrate, stalinienne ou nazie, la bêtise ne peut pas comprendre qu'elle est bête, encore moins l'admettre, sinon elle ne serait pas bêtise.

 

La réponse à la question de départ est « oui », on doit employer le terme de « négationnistes » pour désigner ceux qui nient ou minimisent la criminalité tutélaire, dès lors que c'est le mot qui traduit avec le plus de force le déni malsain auxquels se livrent nos monstres à nous, les bons aryens de la modernité post-nazie.

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