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Retour à Birkenau, p. 179-180.

Petit apologue. 

 

Nous situerons la présente action à Birkenau (autrement connu sous la dénomination d'Auschwitz II), en 1942. Imaginons un complexe balnéaire (soit des douches) flambant neuf, devant lequel parade un officier nazi dans son impeccable uniforme de Schutz Staffel (S. S.).

En dehors de dérives d'ordre politique dues à une vision du monde un tantinet restrictive, dans la vie courante, au quotidien, la plupart des nazis étaient exemplaires : aimables, polis, vertueux, corrects, respectueux, irréprochables, charitables, même, comme beaucoup d'entre nous, en somme, et plus généralement comme tous ceux qui donnent des leçons de « respect ». (On le sait, les nazis font d'excellents démocrates).

Bref, ce nazi-là était parfaitement estimable, ce que ne contestait pas l'assistance : soldats, surveillants, sympathisants plus ou moins déclarés du régime, le personnel administratif du lieu (un espace de villégiature appelé « Camping gaz », du genre de ceux que les mauvaises langues nomment des camps d'extermination), et quantité d'autres personnages non identifiés et sans intérêt.

Là-dessus, voici qu'encadré par d'honorables gardiens, survint un troupeau (il n'y a pas d'autre mot pour le désigner) indiscipliné d'individus à l'aspect repoussant, hâves, pouilleux au sens propre (si l'on peut dire), dépenaillés, sales, et très odorants. Beurk ! 

On ne sait pas trop qui ou ce qu'ils étaient. Selon l'un de ces je-sais-tout qui prolifèrent sur notre planète, il s'agissait de tziganes ; selon un autre, ils ressemblaient plutôt à des slaves ; « à des Israélites ! » lança un troisième. Quelqu'un avança qu'en l'occurrence, ça n'avait pas d'importance puisque ce n'était pas humain.

Soyons rigoureux et sincères, reconnaissons qu'hommes ou animaux, nous ignorons ce qu'ils étaient. Seulement pouvons-nous affirmer que cela paraissait vaguement anthropoïde.

Après les avoir fait disposer en une file approximativement rectiligne, le respectable officier, usant d'une grande courtoisie, convia les va-nu-pieds à pénétrer dans les douches.

Et là, d'une manière incompréhensible, non contente de lui opposer un refus catégoriques, la horde haillonneuse se mit à vitupérer contre le digne représentant de l'autorité en l'injuriant crûment : « Ordure ! Enculé ! Fût de pisse ! »

J'en passe et de meilleures.

Bref, outre que d'être ingrats et discourtois, les sous-hommes détestent se laver.

On mit fin à la mutinerie en contraignant légalement, avec mesure et tempérance, c'est-à-dire à coups de pied, de crosse et de schlague, les sinistres individus à obtempérer.

Le public, ahuri par cette violence verbale, qui plus est, gratuite, et pour aider, dans un souci citoyen, à leur enfournement, se joignit aux gardiens pour bastonner les rétifs et répugnants malappris, en vue de leur apprendre les valeurs de la République (en allemand : Reich), en même temps que l'obéissance et de leur inculquer les vertus d'un langage civilisé. 

« Ces velches sont vraiment des gens de rien, en admettant qu'ils soient des gens ! » Hurlaient-ils. (On n'ose imaginer ce qui serait arrivé si les gueux avaient déchiré la chemise du saint homme. Ça s'est vu). 

Pas davantage que dans la France démocratique du vingt-et-unième siècle, la vertueuse autorité nazie ne supportait la grossièreté, en effet, ce n'est pas une excuse que d'être un dysgénète.

Sur le coup, il n'y eut que deux morts.

Les autres ne supportèrent pas la douche.

En somme, la courtoisie leur a offert une mort propre.

On ne louera jamais assez les vertus de la civilisation.

 

Pas davantage que Sylvie Velghe, Nathalie Dale, Michel B*, Francis V* n'ont supporté les bienfaits de la putainerie tutélaire, dont ils sont également morts.

Non sans avoir, au préalable, insulté les délicieux MJPM qui veillent pourtant à leur confort

 

« Ordures ! Enculés ! Fûts de pisse ! »

La routine. Pourquoi changer quoi que ce soit tant qu'il ne se passe rien ?

 

 

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