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Le putelangue, p. 171-174.

Quoi d'étonnant à ce que cette bêtise institutionnalisée accouche d'une communication vicieuse que je nomme, par dérision, le putelangue, plus rarement le médiolecte, (Jean Baudrillard, préférant la dénomination « langage totalitaire »).

Le contrôle des personnes, d'une population, ou, comme c'est le cas dans la putainerie tutélaire, d'un individu qu'on cherche à soumettre, ne peut s'effectuer sans une maîtrise totale de la communication.

Il n'y a pas de pouvoir sans pouvoir d'avoir raison. Or, l'art d'avoir raison en toutes circonstances, serait-ce contre les faits, commande de disposer d'un langage permettant de faire paraître vraies des choses manifestement fausses. C'est l'essence de la sophistique. Pour pouvoir avoir raison contre la raison, ceux que Dominique F* appelle les « dictatuteurs », les sectes, les religions, les idéologies obscurantistes, les manipulateurs, tous doivent développer un type de communication, un langage, à leur main.

Dans le système pervers qu'a instauré le P***, nous relèverons en lisant mon journal (13/04/2015, 26/04/2015, 08/06/2015) des éléments qui trahissent une relation vicieuse en ceci qu'il n'y a pas réellement échange, le discours circule à sens unique. Le 26/04/2015, je note ce qui suit : « Le P*** s'oppose à tout dialogue. Observons qu'il est impropre de nommer « dialogue » l'expression d'une volonté totalitaire qui fonctionne unilatéralement, en la circonstance, «  soliloque » ou « monologue » » étant les termes adéquats [...]. Le P*** ne répond pas aux questions que je lui pose (sauf quand elles sont anodines). Le P*** ne tient aucun compte de mes avis, de mes réclamations, de mes courriers. »

Pour interdire l'expression de la contestation, un bon pouvoir totalitaire commence par confisquer la parole. Après quoi, puisque personne ne dit plus rien faute d'avoir les moyens de le faire, il en conclut que tous sont d'accord.

Dans ce régime de la protection des majeurs, le protégé n'a pas de voix, celle du tuteur/curateur lui en tient lieu, et il n'y a pas d'autre parole que celle de ce dernier. Pour celui-ci, c'est l'idéal. Quand au protégé, que ça lui plaise ou pas, il est obligé d'être toujours d'accord, (surtout quand il ne l'est pas).

Le putelangue, c'est le langage de ceux que nous regrouperons sous le nom de médiocrates, escrocs, (catégorie des dictatuteurs), politiciens, avocats, prédicateurs, idéologues, tribuns, toutes gens dont le succès dépend du contrôle qu'ils exercent sur le public par le truchement du verbe.

Pour y réagir et le combattre, il faut en connaître les rouages.

 

2. La connerie n'entend que le putelangue, c'est le jargon des sirènes. 

Les cons tiennent Cassandre pour folle. (En effet, quand l'intelligence consiste à être bête, qui n'est pas bête ne peut être que fou). Ils préfèrent s'en remettre au chant fallacieux des sirènes qui foisonnent. Et, bien sûr, celles-ci leur recommandent de continuer à ne pas écouter les Cassandres. C'est à ceci qu'on reconnaît ces salopes de sirènes et, qu'on peut, à cent pour cent, déduire de celui qui les croit qu'il est un con. 

 

Le putelangue repose sur trois piliers : double langage, injonction paradoxale, déni. Dans sa version basique le double langage consiste, pour l'émetteur, à envoyer deux messages contradictoires à une personne physique unique comme s'il s'adressait à deux individus distincts. De la sorte on affirme sournoisement (ou l'on nie) une chose sans l'énoncer ouvertement pour ne pas devoir en assumer la responsabilité. Via l'injonction paradoxale on délivre des messages antinomiques ou irrationnels. L'émetteur tient des propos divergents, déconnectés de l'événement en reprochant, par exemple, à une personne des fautes dont il sait pertinemment qu'elle ne les a pas commises. Cette communication paradoxale vise à disqualifier l'autre en opacifiant ses messages et à l'enfermer dans un isolement dont il ne peut sortir. On obtient de cette manière un effet de sidération chez la personne ciblée qui se montre incapable de réagir. Quant au déni, il ne se borne pas à contester les assertions qu'adresse un particulier à un autre, il va jusqu'à nier la réalité même du locuteur, celle de sa personne, en rendant son discours inopérant.

Ces utilisations perverses de langage qui feignent la communication sans jamais y entrer ont ceci en commun qu'elles jouent sur la duplicité du sens, qu'elles provoquent la dissociation psychique, qu'elles sapent et inhibent la volonté, qu'elles altèrent la conscience. Toutes jouent sur le déni.

Chez un enfant ou un adulte fragilisé soumis à des injonctions paradoxales répétées, c'est-à-dire lorsque l'injonction contient une proposition dont la fausseté est avérée, des troubles apparaissent pouvant aller jusqu'à à la psychose. (À ce sujet, on parle de décompensation psychopathologique, c'est-à-dire d'une rupture de l'équilibre psychique pouvant se manifester par l'éclosion d'une maladie mentale).

La psychiatrie connaît les conséquences de tels agissements. Une personne exposée en continu au déni en sort traumatisée et grand pour elle est le risque de perdre son identité (psychose).

Avec l'acte de déni, le message que délivre l'énoncé est celui-ci : « Tu n'existes pas ! »

La négation de la personne et la destruction de son identité ressortissent du lavage de cerveau. En ôtant son sens au langage ou en l'adultérant, tous les processus d'éducation d'un sujet ciblé s'en trouvent affectés, il est en quelque sorte déprogrammé. On brouille sa perception en faussant son jugement, substituant à une communication saine une rhétorique où l'esprit perd ses repères puisque ceux-ci sont liés à des mots dont le sens est dilué, car sans référent identifiable, ou dont le référent est inexistant.

Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'un pareil environnement suscite des « fous » ? On y tient la gentillesse pour faiblesse, l'honnêteté pour naïveté, celui qui dit la vérité est une balance, ne pas hurler avec les loups c'est être un lâche. On méprise le sous-fifre et la victime, ils ont systématiquement tort, on n'entend pas les sans voix, on ne les écoute pas, on les piétine, on les broie, on les stigmatise, on les réifie, par le truchement de décerveleurs dûment programmés pour le faire « honnêtement », ou, du moins, « proprement ». (Nous faisons tous pareil, nous sommes dressés pour ça).

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