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Vive les suicideurs, p. 96-98.

19/10/2015. Courrier à monsieur le Juge des tutelles.

J'ai reçu du P*** des décomptes pour la période allant du 1/07/2015 au 8/10/2015. Je vous remercie.

Le P*** a mis un beau bazar dans mes comptes, bravo à lui. Je n'y serais jamais parvenu seul. 

Il reste un trou concernant la longue nuit allant du 24/04/2015 au 01/07/2015. J'ignore pourquoi.

Quant à mon LEP et au livret A, mystère ! Volatilisés ? 

Il n'y a jamais moyen d'obtenir de réponses complètes et exploitables du P*** aux questions même simples qu'on lui pose. Comment se fait-il que je parvienne à lire Habermas, Yves Bonnefoy, Dante dans le même temps que je ne comprends pas un traître mot de la prose du P*** ? Il y a là une énigme que j'ai résolue en analysant la pseudo-communication du P***. C'est simple. Il cultive en permanence le non-sens et l'opacité. Son discours ne véhicule jamais que des fragments d'informations, par conséquent inexploitables, ce qui le rend inintelligible. Est-ce intentionnel ?

Que le P*** mette, par ailleurs, le souk dans mes affaires, je ne lui en veux pas, au point où j'en suis ce constat m'inspire un haussement d'épaules désabusé.

Par contre, les informations de ma vie privée me regardent et moi seul, j'en fais ce que je veux, (rien si ça me plaît,) mais elles me sont dues (protection ou pas). Je ne puis accepter du P*** des abus qui constituent une violation de la DUDH. 

Le P*** est-il un interlocuteur fiable ? Ses pratiques discutables sont-elles un contrecoup de la mesure de protection ? 

Puisque la question se présente, je la pose. La mesure de curatelle renforcée est-elle adaptée à mon cas ? Vous seul pouvez en juger. Je ne conteste pas la décision de protection, je suis conscient de mon état, mais je souffre de troubles neurologiques sévères et non pas de déficience mentale. 

Je supporte mal cette situation contre nature de « chose » à laquelle je me vois ravalé (insomnies, cauchemars, pensées obsessionnelles). [...] À mes problèmes déjà compliqués s'ajoute des troubles nerveux dont je me passerais bien, sans parler d'autres inconvénients. Loin d'améliorer mon sort, cette mesure ne parvient qu'à l'aggraver.

Dois-je subir cette situation en sachant qu'elle est en train de me détruire mentalement ? Que me faut-il faire ? […].

 

Question : Être « normal » consisterait-il à passer son temps à pourrir la vie de ceux qui ne le sont pas ? 

 

02/12/2015. LRAR à monsieur le Juge des tutelles. 

L'essentiel est dit […].

1) L'absence de conscience dénonçant l'irresponsabilité de ceux qui en font montre, par ses pratiques, la P*** s'est lui-même disqualifié. Il n'est plus habilité à s'occuper de mes affaires.

2) J'entends disposer de l'intégralité de mes modestes revenus. Il suffit amplement que je n'aie pas de carte de crédit, de carnet de chèque ou d'accès direct à mes comptes, mesure que je juge fondée. Au-delà, nous sommes dans l'excès.

On me fait l'aumône avec mon propre argent, me réduisant à la portion congrue, dans une condition voisine de l'indigence […]. Cette somme de 60 € hebdomadaire à laquelle je suis réduit fut fixée à une période où je n'avais pas de revenus. Elle n'a plus lieu d'être.

3) Pour ce qui est des données qui concernent ma vie privée, nul ne peut décider pour moi ce que je dois ou ne dois pas savoir. Il s'agit là d'une violation de mon intimité que je n'accepte pas. 

Je ne suis ni un criminel, ni un dément, ni un terroriste, ni un oligophrène ou un dysgénète, non plus qu'un serf ou une chose dont on peut disposer à sa guise. Aussi n'ai-je pas à tolérer plus longtemps ce traitement que l'on m'inflige en piétinant les Droits de l'Homme et ceci au nom de quoi ? Je vous le demande. « De la Loi » répond naïvement ce pauvre P***. Vraiment ? Mais que vaudrait une Loi qui bafouerait les principes qui la fondent ?

Il n'existe pas de façon intelligente d'échapper à une situation absurde mais on peut en sortir par l'absurde. […].

 

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