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Décervelage tutélaire, p. 81.

30/04/2015. 

À ma lettre du 13-04, le juge répond ceci le 20-04-15 : « J'ai bien compris que les contraintes de la curatelle renforcée vous pèsent. Mais pourriez-vous me précisez ce que vous souhaitez exactement. »

Je relis donc ma lettre et je m'aperçois que je n'ai rien à y ajouter. Je viens d'expliquer en long, en large et en travers que je suis privé de ma dignité d'humain, dépouillé de mon identité, réifié, demandant de quel droit on se permet de me traiter comme une chose, or, si je me plains d'être traité comme une chose, c'est que je veux que cela cesse. Est-ce si dur à comprendre ? 

Que le lecteur se reporte au courrier du 13/04/2015. 

Le P*** fait ce qu'il lui plaît, mais si monsieur le Juge ne voit pas où est le problème, c'est qu'il n'y en a pas. 

Que veut-elle dire, cette non-réponse que j'obtiens ? 

« On » affecte de ne pas comprendre de quoi je parle, « on » a les faits sous les yeux mais on feint de ne pas les voir, « on » ne trouve rien d'anormal à cette situation et l'« on » ne comprend pas pourquoi je m'en plains. 

C'est donc que, du point de vue de la justice, je suis bel et bien une chose, un objet qui n'a pas le droit d'exister, de penser, de s'exprimer. Partant, elle ne peut pas comprendre qu'une chose n'accepte pas d'être traitée comme une chose, c'est logique.

Ainsi s'explique que, pour répondre à mes sollicitations, la Justice en arrive à poser une question qui est un non-sens. 

Nous pouvons aussi supposer que le P*** nie ce qui lui est reproché et que le Juge le croit sur parole. (« L'agresseur, qu'il soit individu ou système, est dans le déni de l'agression : "Il ne s'est rien passé, cette personne invente ses plaintes !" » M.-F. Hirigoyen). C'est le violeur qui décide si, oui ou non, il a eu viol. Parfait !

Jouant d'un intérêt simulé, « on » me donne la parole, « on » feint de m'écouter, et « on » dit qu'« on » ne comprend pas ce que je dis ou ce que je veux. Ben, voyons ! 

Le putelangue, ce jargon de la bêtise, nous ramène invariablement au même point. Qu'opposer à un discours qui refuse de nommer les choses ? Que faire, lorsqu'on est pris dans la nasse d'un langage totalitaire qui interdit toute pensée, qui instaure une situation de communication idiote puisque, au final, elle consiste pour le dominant à donner la parole à des gens dont il a décidé qu'il ne les écouterait pas ? Nous voici coincés dans une communication sans communication que l'on peut nommer au choix, manipulation, intoxication, sophistique et qui débouche sur le non-sens (c'est le but de la manœuvre,) en vertu du principe selon lequel on ne peut contester ce qui n'est pas nommé. 

Exemple. Une fille qui se promène dans une tenue affriolante (ce qui est son droit le plus strict) se fait agresser, « si vous vous habilliez autrement, aussi ! » (Sous-entendu « ça n'arriverait pas ! »). En somme, ce serait à elle de se justifier des outrages qu'elle a subis ? Ce serait à la victime de rendre des comptes ? Qu'est-ce que c'est que ces façons obreptices de disculper le vice, autant dire de l'encourager, en occultant l'essentiel ? 

Dans le même ordre d'idée, il m'est demandé de rendre compte de l'impéritie du P*** et de m'en expliquer. « On » ne marcherait pas un peu sur la tête, là ? Le P*** me traite comme un objet et ce serait à moi de dire pourquoi ? Peut-être devrais-je m'excuser ?

Il ne sera pas franchement répondu à la question que je pose : « de quel droit suis-je traité comme une chose ? » déplacer le problème est une façon de le nier, ce qui n'est pas nommé n'existant pas.

Car ce n'est pas la mesure de curatelle renforcée mais les modalités de son application qui sont mises en cause dans les courriers évoqués. Cependant, si les unes découlent de l'autre, alors, en effet, il y a un écueil, en particulier si la curatelle renforcée consiste à tuer psychiquement ses « clients ». (C'est le but, quand on traite quelqu'un comme une chose, non ?) 

Le P***, s'obstinant à ne voir en moi qu'un objet (ce qui revient à nier mon droit d'exister), réussit à expliquer et a justifier le pouvoir qu'il s'arroge abusivement de ne tenir aucun compte de mes avis. C'est légal, point. Mais que vaut un pays qui accouche de ce genre de légalité ?

Puisque ma lettre ne paraît pas soulever de questions, c'est qu'elles ne se posent pas. À présent, c'est établi, « je » est officiellement une chose, c'est normal puisque c'est légal. Je prends donc acte. Comment ai-je pu croire aussi longtemps que j'étais un être humain ?

« Et la charte ? » Me demandera-t-on. Apparemment, l'appareil judiciaire n'en a jamais entendu parler. « Et les droits de l'Homme ? » Ils ne s'appliquent pas aux choses ! 

 

À rien ne sert de montrer les choses à qui voit, puisqu'il les voit. À rien ne sert de montrer les choses à qui est aveugle puisqu'il ne peut les voir. 

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