GNADENTOD. Sylvie Velghe, p. 28.

Dans les États dits « de droit », le strict respect des procédures prime l'humain, de sorte qu'en leur nom, on y pousse, sans état d'âme, et légalement, au suicide les gens en les désignant, la chose faite, comme des lâches, eux qui ne sont que faibles. 

Et pas uniquement en entreprise. 

Dans ce pays, au cours des vingt dernières années, les suicideurs indifférents ont tué davantage que le terrorisme. Pourquoi ce silence ? « Pas de coupable, alors pas de faute ». 

Ce drame de Mme Sylvie Velghe ne me surprend pas. De semblables tragédies, il y en a à la pelle, seulement on n'en parle pas ou alors à voix basse. Et puis, les cadavres des victimes sont dispersés, à peine visibles, il y a peu de sang, pas de spectacle, ce genre de « détails » n'est pas vendeur. En outre, ces gens sont, pour la plupart, des anonymes, des pauvres types (ou femmes), des moins qu'humains, des numéros, des ombres, dont la disparition ne trouble que la poignée de leurs proches, quand ils en ont. Qu'est-ce qu'on en a à foutre de la misère des faibles, des gueux, des anonymes, des sans voix, hein ? Ce n'est pas spectaculaire la disparition ou le suicide d'un minable. Ça ne fait pas rêver. Et puis chacun sa merde ! 

Nos « démocraties » méprisent la faiblesse. Elles ne jurent que par la force, le mérite (version démocratique de la pureté raciale, c'est notre aryanisme à nous), la beauté, la richesse ; elles tiennent pour vertu le vice, la duplicité, la fumisterie en faisant de la sincérité, de la confiance, de l'altruisme des tares à l'usage des moutons. Quoi d'étonnant à ce que s'y trouve autant de misère et, surtout, que l'on ne veuille pas la voir ? 

C'est que, dans un pays « civilisé », c'est incroyable, donc, ça n'existe pas. En d'autres temps, on s'est dit aussi que les camps d'extermination n'étaient pas croyables. L'exclusion planifiée ne serait-elle pas la version démocratique du camp de concentration ?

Que vont-ils nous rétorquer, les sectateurs de la démocratie féodo-spartiate ? « Mme Sylvie Velghe est morte, c'est dommage, mais la mort est naturelle, où est le problème ? » 

Réponse : « Quelles qu'en soient les circonstances, la mort est toujours naturelle, ce sont les causes qui, parfois, ne le sont pas. Ici, le problème n'est pas qu'elle soit morte, il est que vous l'avez suicidée (ou autruicidée) ! » 

 

Pour un cas déclaré du type de celui de Mme Velghe, combien reste-t-il de souffrance, (qui, par définition, ne sait pas se dire), muette, dans ce pays, et délibérément planquée sous le tapis ? (Il ne faut pas la voir, ça fait tache sur l'égalité démocratique). 

L'état de Mme Sylvie Velghe nécessitait une mesure de protection. Mais contre qui ou contre quoi devait-elle être protégée ?

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